La Patagonie : Opéra du bout du monde en 3 actes

La Patagonie est un vaste territoire chileno-argentin, atteignant en son point le plus austral les 55 ° de latitude sud. Ce sont parfois de vastes plaines à perte de vue, parfois des pitons rocheux impressionnants, des glaciers majestueux ou des lacs d’un bleu laiteux incroyable. Le tout ponctué de petits villages « bout du monde ».

La parcourir, c’est s’attaquer à des distances irréelles. 20h de bus sur certaines liaisons. 200 km de pistes sur d’autres.

Patagonie Argentine El Chalten

Quand des itinéraires terrestres existent … Le sud chilien n’est pas raccordé au réseau routier du nord.

La parcourir, c’est vivre la sensation unique d’être au bout du monde.

Que ce soit en bateau sur le détroit de Magellan, à pied au milieu du parc Torres del Paine ou en voiture sur une piste, tu te sens, l’espace d’un voyage, pionnier-voyageur sur les traces des explorateurs.

Enfin, parcourir la Patagonie, c’est avant tout assister à ce que la nature peut donner de plus beau, de plus grand, de plus spectaculaire.

Les éléments se mélangent ici pour donner un chef-d’œuvre …

… plus puissant que du Wagner

… plus gracieux qu’une danseuse de ballet

… plus émouvant qu’une tragédie-comédie anglaise

Assieds toi confortablement et assiste à l’opéra le plus grandiose du monde : le chef-d’oeuvre que donne la Patagonie.

Bonne séance.

L’opéra Patagonien en 3 actes

Ouverture : Magallanes y Pingouins

Patagonie
ℹ Cette scène se joue le long du détroit de Magellan, dans la région de Punta Arenas (Chili).

L’entrée de jeu est intrigante : posé sur les hauteurs de Punta Arenas en fin journée, tu découvres pour la première fois le détroit de Magellan.

La scène est déjà grande et bien décorée. Du bleu, des épaves, un paquebot, une ville colorée en forme de damier parfait.

Et le détroit : omniprésent, partout, tout le temps.

Un peu perdu dans tes pensées, tu imagines en filigrane, la flottille de Magellan au milieu du détroit qui chemine dans l’inconnu.

« Surtout si tu pousses plus au sud, là où la route s’arrête, à Fort Bulnes. »

Les premiers artistes sortent des coulisses : les cormorans atterrissent, squattent puis décollent du remblai et des vieux pontons de bois.

Puis, furtivement et magistralement un dauphin fait la roue (furtivement filmé).

Attiré par le large, le décor change, te voilà sur un bateau. La navigation est reposante, faite de bleus, de lumières, de contrastes.

La baleine sortira-t-elle aujourd’hui ? Tu ajustes tes jumelles de théâtre.

Mais non. On ne commande pas.

Pour clore cette ouverture « pizzicatto », une fois arrivé sur l’île minuscule de Magdalena, une colonie de Pingouins prend la pose pendant la sieste.

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1 heure, pas plus. Fermeture du rideau.

Acte 1 : Les 3 tours en rando majeure20180507_140818.jpg

ℹ Cette scène se joue au nord de Puerto Natales dans le parc Torres del Paine (Chili).

Après cette mise en bouche, les choses sérieuses commencent. Au prix de 3h30 de route, puis de 3 aller-retours de 4h00 chacun, le parc national de Torres del Paine prend possession de la scène.

Les dimensions sont énormes. Comment la route peut elle être si plate, alors que des tours de 2000 m squattent l’horizon ?

Intrigant, inaccessible, angoissant lorsque le rideau nuageux cherche à prendre le dessus.

Les lama-guanacos se baladent au bord des pistes. Les nandoux et les renards aussi.

Les plus chanceux, ou patients, pourront peut être voir des pumas.

2 jours de balades sur des airs parfois frais, parfois humides, toujours venteux. Tu es bercé par les 4 saisons de Vivaldi.

Au 3ème jour, la musique s’emballe : Base Las Torres.

La randonnée commence par une montée en puissance lente mais crescendo pendant 1h00. En tournant la tête, le parc se dévoile : lagons, torrents, couleurs …

La forêt entre en scène, avec ses sentiers escarpés mais globalement plats. C’est apaisant. La séquence dure bien 1h30 sur un rythme moderato.

On m’avait parlé d’un final à se péter le cœur ? Il se fait désirer. Heureusement le ciel reste bleu, bien balayé par le vent.

Ça y est, le ton monte. Au fur et à mesure que le rythme cardiaque augmente, la forêt laisse place à la rocaille.

Le bouquet semble imminent. Le tableau s’épure. Plus rien, plus un arbre, plus un bruit, plus un chat. Le silence s’impose et subitement un oiseau surgit.

Suis-le, vite, tout s’accélère, le souffle court, les cœurs montent à 140.

Les 3 tours s’emparent de la scène, grandes, immenses, droites, telles des vigies au-dessus d’un décor impénétrable.

Patagonie
Torres del Paine : c’est fort, c’est puissant, c’est Carmina Burana.

A deux portées de là, posé aux pieds des 3 blocs rocheux, un lago se dévoile : bleu, gris, laiteux.

L’émotion redouble. Iras-tu aux larmes ?

Assieds toi, écoute le vent, regarde les tourbillons arc-en-ciel. La séquence peut durer une heure.

Les 3 tours majeures se battent avec les nuages, les sommets furtivement cachés finissent par vaincre. Merci vent dominant.

Le rythme ralentit, faisant place à une zenitude profonde. Il faut quitter la représentation en vitesse, en courant.

Pour ne pas louper le prochain chapitre …

Acte 2 : Ô puissante Nature glacée

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ℹ Cette scène se joue au glacier Perito Moreno (Argentine).

Sur le chemin, les décors sont encore plus étendus, encore plus « no man’s land ». Tel un VIP, tu es accueilli d’abord au balcon « mirador El Monito ».

Là il n’y a rien à dire, juste à regarder. Qu’est-ce que c’est beau ! Les bavardages sont gênants.

On voit tellement loin que si la Terre était plate, on apercevait l’Afrique.

« C’est quoi ces points noirs au loin sur la route ? Des guanacos ? »

« Non : des cyclistes. »

« Mais il y a 150 km entre 2 villes ici ? »

« Tu as le droit d’applaudir »

Quand tu reprends la voiture, c’est comme payer une entrée au Futuroscope sans faire la queue. La route s’enfonce à l’infini vers l’horizon fait de massifs glacés.

La scène tant attendue approche, ça se sent … ça se sent … ça se sent que c’est toi …

Passé cette interminable route exceptionnelle, tu es bercé encore 30 bonnes minutes. A chaque virage, tu guettes le roi incontesté des « glaciars ».

Roulement de tambours ….. Non.

Solo de trompette …. Toujours pas.

Les chœurs prennent place, c’est imminent. Tu es aux premières loges, au carré or.

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Oui, ça y est …. Le glacier Perito Moreno ……

C’est blanc, c’est bleu, c’est ave natura.

5 km de large, 70 m de haut, stable, c’est un monstre de glace comme il en existe des centaines.

« Mais celui-ci se laisse observer facilement, en short depuis des passerelles. »

Tu penses que ça s’arrête, mais non. Un vol majestueux de condors vient rajouter de l’élégance à la puissance.

Le spectacle est tellement saisissant que, le souffle court, tu entends battre ton cœur. Ça craque un peu partout. Ton regard cherche la faille. C’est l’apothéose, un fracas du tonnerre raisonne, tu sursautes. De la glace s’effondre, glisse, coule… Silence ! Retiens ton cri. L’iceberg resurgit des profondeurs, se forme et flotte tranquillement. Fin de l’intrigue.

Le temps de rejouer la scène… inexorablement…. le glacier est vivant, il se casse, avance, pour te saluer de plus en plus près.

Enfin, pour finir comme commencé, être traité en VIP, tu es convié à un mini-trekking sur le glacier.

Patagonie
Oui ! Sur le glacier ! Au cœur des coulisses, dans les recoins, les ruisseaux, les tunnels.

Devant des flèches de cathédrales glacées.

C’en est trop pour aujourd’hui, une pause s’impose.

Entracte : Balade dans le vent20180507_141349.jpg

ℹ Cette scène se joue à El Chalten, en Argentine, au nord du parc Los Glacieres.

Pour la pause, laisse toi transporter un peu plus haut … À El Chalten, le camp de base pour découvrir le majestueux Fitz Roy.

Omniprésent par beau temps, il se laisse observer 50 km avant d’arriver.

Ici, les activités consistent à festoyer le soir et randonner la journée. Dans une ambiance toujours aussi venteuse.

Bref, c’est l’entracte : profites-en pour t’abonner au blog ici, et reviens vite pour la suite. Ne rate pas ton vol pour Balmaceda, l’autre Patagonie.

Acte 3 : Route panoramique et bouquet final 20180507_141718.jpg

ℹ Cette scène se joue à Puerto Rio Tranquilo au Chili

Accéder au dernier acte relève d’un brin de folie.

Prends l’avion de Punta Arenas à Santiago, saute dans un bus puis fais une courte nuit avant de reprendre le même bus dans l’autre sens, embarquer dans un autre avion direction Balmaceda. Sur place trouve un mini-bus qui en 1h00 t’amène à Coyhaique. Pas de correspondance pour Puerto Rio Tranquilo, donc dors sur place. Départ le lendemain à la fraîche pour 5h de bus direction Puerto Rio Tranquilo.

Raconté comme celà, c’est un peu bâclé. Alors écoute bien l’autre version de la partition.

Après avoir fait des adieux à tonton Flo et la Patagonie extrême, tu arrives à Santiago où t’attendent tonton Chris et Mamichou. Retrouvailles émouvantes. Tu leur fais découvrir fièrement ta vie de backpaker !

La route en bus pour rejoindre ta destination est magique. C’est ce genre de paysages devant lesquels il n’y a rien à dire. Simplement se poser contre la vitre et oublier.

« Oublier l’appareil photo, oublier l’heure qu’il est, oublier qu’un jour ce voyage finira. »

Non pas que les éléments soient exceptionnels : montagnes majestueuses, lacs bleuissimes, routes panoramiques. L’ensemble forme tout simplement un décor d’une grande pureté.

C’est la définition même de « les transports font partie intégrante du voyage ».

A l’arrivée, pas le temps d’aller aux toilettes que tu sautes du fauteuil au strapontin, sur une barque, pour aller voir les chapelles de marbre.

Alleluia !

Au début c’est spirituel … tu es en harmonie avec la nature. Mais ça finit en « Oh mamamia mamamia » de Queen (Bohemian Rhapsodie, tu l’avais ?) quand le pilote se prend pour Luc Alphant sur l’eau.

C’est amusant, genre fête foraine. Mais comparé au bouquet final qui t’attend, c’est un feu d’artifice de village.

En effet, le but suprême de cet acte n’est pas de faire des ronds dans l’eau. Mais de marcher (encore une fois) sur un glacier.

L’Exploradores, de son nom.

Sauf que cette fois-ci : point de route, ni parking, point de passerelle pour être au premier rang. Non non non. La dernière scène se mérite.

90 km de piste, suivis de 2h00 d’équilibre sur des cailloux, pour arriver – tout de casque et crampons vêtu – sur le bloc de glace.

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6h00 de marche au total : la mamie – 65 ans – est au bout de sa vie. Dur dur d’apprécier un tel chef d’œuvre quand tu dois gèrer l’effort.

Mais quelle aventure !

Ça y est, la musique s’arrête, les décors se rangent sous la pluie. Le chef d’orchestre et les artistes saluent.  L’opéra est terminé. Il faut quitter la salle.

Patagonie, c’est fini, et dire que c’était le voyage de ma vie

Le lendemain, c’est jour d’adieu définitif à la Patagonie. Le spectacle a pris fin … C’est la gueule de bois d’un dimanche pluvieux devant Drucker.

Avoir assisté à cette représentation au bout du monde est l’une des expériences les plus fantastiques de bien des vies.

En tout cas de la nôtre.

C’est à ce moment où la magie du voyage opère. Appelons ça avion ou téléportation, mais 6h00 après, la tête encore dans le glacier, nous étions propulsés en plein désert d’Atacama. Pour y vivre une autre rencontre, quasiment extra-terrestre, avec la nature : La bande annonce ici.

Toi aussi tu te sens spectateur de la nature ? Un volcan en éruption t’émeut, un iceberg te scotche, une cascade te redonne vie ? Raconte nous ça, on cherche notre prochaine destination 😃.

Bon voyage.

6 commentaires

  1. J’ai un lointain souvenir de cet opéra. Ah mais… mais attendez. Non, c’était en mars, avec vous!
    Retrouver des tourdumondistes au détroit de Magellan, c’est déjà pas banal comme symbole, mais assister à la représentation, c’est puissant. Le Perito Moreno est sans conteste le plus magnifique spectacle que j’ai jamais vu. 3h scotchés devant, entre changements de lumière, craquements sourds qu’on entend nulle part ailleurs, et chutes de glace. Mother Nature a parlé et nous étions là pour l’entendre. (Y’a plus qu’à graver des tables de la loi haha)

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  2. Ohlala comme d’habitude superbe article je ai eu des frissons à certains moments. Ça laisse rêveuse…
    Bises à tous les 4!
    Signé : la mariée 😉

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